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Interview de Philippe BOUKOBZA

dimanche, septembre 5th, 2010

Trilingue, passionné par les cartes heuristiques et les réseaux sociaux, Philippe BOUKOBZA, qui a choisi de s’installer en Espagne, n’arrête pas de nous surprendre au travers des nombreuses cartes et articles qu’il met à disposition de ses lecteurs sur la toile. Rencontre avec cet « Iber » mappeur !

1. Qui est Philippe BOUKOBZA créateur du blog « heuristiquement »?

J’ai une double formation : En Sciences Humaines (Sociologie et pédagogie) tout d’abord, car je m’intéresse depuis un certain temps déjà aux transformations sociales, à la psychologie et à la transmission des savoirs, puis en Sciences Politiques avec un diplôme de troisième cycle.

Il y a quelques années j’ai découvert le « Mind Mapping » en même temps que d’autres méthodes innovantes utilisées dans les organisations. Mes premiers pas furent ceux d’un autodidacte, c’est-à-dire en m’aidant d’exemples et de modèles trouvés sur Internet. En me formant à l’École Française de l’Heuristique avec Frédéric Le Bihan, j’ai franchi un cap qui m’a permis passer à la vitesse supérieure. Ma passion pour le sujet m’a conduit à créer un blog en français www.heuristiquement.com puis en espagnol mind-mappers.blogspot.com et en anglais visual-mapping.com, étant donné que je fais de la veille dans ces trois langues.

2. En tant que professionnel du domaine pourrais-tu partager avec nous quelques expériences réussies ?

Oui, je me souviens d’un groupe de cadres en reconversion, que j’ai formé à Barcelone. Via la carte heuristique, ils ont stimulé leur recherche de sens, leur motivation et approfondi leurs analyses de la situation. Je suis toujours en contact avec eux et certains sont devenus des passionnés de la méthode qui les a aidés à faire le point et à clarifier leurs objectifs.

Cette année, à Madrid, une entreprise de Marketing a fait appel à moi pour former tout son personnel (42 personnes) au « Mind Mapping ». Tous leurs projets sont représentés sous forme de cartes et ils ont aménagé leurs bureaux afin de pouvoir réaliser des cartes sur les murs. La luminosité, l’espace et les couleurs font aussi partie du cadre de travail pensé pour favoriser l’utilisation de la carte dans un esprit de collaboration.

Il y a deux ans, un organisme qui dépend de l’Union Européenne a décidé d’implanter la carte heuristique. Il s’agit d’un projet à long terme. Ce contexte multiculturel (plus d’une quinzaine de nationalités y sont représentées) a été propice à l’adoption du « Mind Mapping », notamment pour la gestion de projet.

3. Aujourd’hui est-il facile de créer une activité professionnelle autour du « Mind-Mapping » ? Quels sont les pièges à éviter ?

C’est un marché émergeant bien que prometteur. Nous sommes en train de créer un marché et ce n’est pas facile de se lancer en tant que formateur. Ne vendre que du « Mind Mapping » ne me paraît pas encore assez rentable. Je pense qu’il faut proposer d’autres services en parallèle car l’usage de la méthode n’est pas assez accepté par les clients potentiels pour générer une activité constante. Mais la dynamique du monde « Mind Mapping » (praticiens, éditeurs de logiciels, enseignants, managers, apport des sciences cognitives) nous rapproche d’un point de bascule qui placerait la carte heuristique au centre d’une nouvelle approche, non-linéaire, structurée, clarifiée et holistique de l’information.
Comme dans la plupart des disciplines innovantes, la passion pour le sujet est communicative et être passionné peut être décisif au moment de faire face à des résistances au changement. Cependant, comme la méthode possède une infinité d’applications, devenir un intégriste de la carte heuristique, qui ne voit plus que par cette façon de faire et cherche à l’imposer, est un piège.

4. Comme tu le sais, le « Mind-Mapping » sera au programme des classes de seconde (1) pour la prochaine rentrée 2010. Beaucoup d’enseignants seront un peu déstabilisés pour aborder cette démarche. Aurais-tu des conseils à leurs donner ?

Oui, je pense que l’adoption de la carte heuristique par un nombre important d’enseignants est fortement liée à des applications directes pour faciliter la compréhension et la mémorisation de contenus interdisciplinaires. Il pourrait y avoir une complémentarité dans la prise en main de la carte heuristique à travers différents domaines. Les arts visuels, les langues étrangères (vocabulaire), la structuration d’expression écrite en français, la préparation et la présentation d’un exposé, la recherche documentaire, le travail sous forme de projet en technologie, etc. Si les enseignants peuvent expérimenter par eux-mêmes l’efficacité de l’outil, ils seront plus à même de convaincre et de former les élèves. Là encore, il ne faut pas chercher à imposer mais à proposer, autant en ce qui concerne les enseignants que les élèves.

5. Ce n’est pas une surprise mais force est de constater qu’aujourd’hui le Web2.0, et les réseaux sociaux, sont omniprésents dans l’univers du « Mind-Mapping ». Quels sont pour toi les forces et les faiblesses de ces nouveaux modes de communication qui deviennent incontournables ?

Il y a de nombreux points communs entre le monde internet et l’approche carte heuristique, à commencer par un mode de pensée hypertexte que la carte matérialise par des connexions. Il y a aussi le réflexe de penser en mots clés, présent dans la carte comme dans l’étiquetage de contenus numériques et la recherche sur les moteurs comme Google. C’est pour cela que parmi les praticiens de la carte on trouve de nombreux professionnels de l’internet et des informaticiens.
Le Web 2.0 est aussi le média collaboratif de notre époque, il contribue à la création ou à l’expansion de communautés, au partage de connaissances. C’est à ce titre que les praticiens de la carte se retrouvent et échangent dans les réseaux sociaux, les blogs. Ils publient et échangent des cartes, donnent leur avis sur les logiciels, etc…
Tout cela est très positif mais demande aussi des rencontres « réelles » sans quoi les liens établis demeurent faibles. C’est pourquoi on voit des initiatives comme les retrouvailles « Mapping-Experts » ou « Carto 2.0 ».
Sur le plan du travail collaboratif, il y a une rencontre entre les logiciels de Mind Mapping et le mode Wiki. Mindjet Connect, MindMeister, Mindomo, Comapping sont des exemples réussis où l’on peut créer collaborativement des cartes, gérer des projets. XMind et NovaMind proposent de mettre ses cartes en partage sur des espaces où l’on peut les visionner et les télécharger.

6. Ton dynamisme est impressionnant puisque tu publies des articles sur la cartographie mentale en trois langues. A coté de cette activité as-tu d’autres projets personnels ou professionnels dans le domaine que tu développes ou que tu aimerais développer ?

Merci. En fait j’essaie de m’ouvrir aux différents utilisateurs mais aussi aux différents contenus pour co-créer une dynamique multiculturelle autour de la carte heuristique et par l’usage des outils Web 2.0. Mon projet actuel s’oriente vers la mise sur pied d’une approche différente de l’information et de la gestion des connaissances, il s’appuie sur le « Mind Mapping », la pensée visuelle, les sciences cognitives et le Web 2.0.
Devant les milliards de bribes de connaissances auxquels nous sommes exposés de manière exponentielle, à travers des médias et d’internet, il me paraît fondamental de disposer d’une méthode permettant de donner du sens, de prioriser, de structurer et de clarifier.

7. Aujourd’hui où en est-on dans l’univers des cartes mentales ? Quel est son futur ?

L’univers des cartes mentales est en expansion, certains parlent de mode. D’après ce que je peux constater, après les bases établies par le psychologue Tony Buzan, une nouvelle donne est nécessaire afin de faire le lien avec les nouvelles technologies, les dernières avancées sur le cerveau, les nouvelles méthodes de management, etc.

8. Si demain tu étais devant une importante assemblée et que tu devais parler du « Mind-Mapping », que dirais-tu ?

Si je devais de manière succincte présenter la carte heuristique devant une assemblée, je dirais que c’est une approche qui redonne vie à l’information en lui ajoutant une structure visible, de la forme, des couleurs, des images, du mouvement et de l’harmonie. La carte heuristique est également une façon pratique de reconnaître que tout est connecté et interdépendant et de rechercher la simplicité sans nier la complexité.

Merci à toi Philippe d’avoir partager avec nous ces quelques lignes. Je signale à nos lecteurs qui le désirent qu’ils peuvent librement s’abonner à la « Newsletter » de ton blog via l’URL www.heuristiquement.com.

(1) Le bulletin officiel du 29 Avril 2010 est accessible via l’URL suivante :

http://media.education.gouv.fr/file/special_4/75/1/creation_innovation_technologiques_143751.pdf